Contre le CPE, pour la "Libre Embauche"


par Aurélien Veron, le 14 mars 2006

Le CPE mérite-t-il de déclencher un mouvement de grogne dans la rue et la fermeture de facs?

La révolte de la jeunesse peut-elle se comprendre si on regarde bien au-delà de l’instrumentalisation du CPE par des organisations politiquement orientées?

Même en relativisant l’importance de la manifestation de cette semaine, largement organisée par nos syndicalistes habituels, le malaise est profond chez les jeunes.

Plus qu’un environnement difficile, la France est devenue un pays hostile à la jeunesse. Le rapport Pébereau a brutalement révélé (ou confirmé) que chaque Français naît avec 33.000 euros de dette publique sur la tête. Où que se tourne le regard, les chiffres sont chaque mois un peu plus accablants pour les jeunes. Alors qu’ils voient le monde avancer à grand pas, la France décline et se referme sur eux. Prise entre une gauche archaïque qui dérive vers un altermondialisme collectiviste et xénophobe, et une droite arrogante qui défend un certain « patriotisme économique » et ne se plie même plus aux règles de l’idéal européen, la jeunesse ne rêve plus d’un avenir meilleur, mais d’un avenir tout court.

Si une minorité bruyante revendique aujourd’hui un « plan de carrière garanti » à la sortie de l’université, négligeant d’ailleurs au passage ceux qui n’ont aucun diplôme, la jeunesse reste tristement réaliste. Dans un monde du travail plus difficile que jamais, les étudiants saisissent bien que les premières étapes de leur carrière impliquent une pression accrue. Ils comprennent que pour franchir ces années déterminantes, il leur faut accepter des conditions difficiles et exigeantes. C’est le prix à payer pour ne pas faire partie des 25 % de jeunes au chômage et pour démarrer une carrière d’une manière ou d’une autre. Dans ce sens, le concept du CPE semble relever du bon sens. Mais est-ce vraiment le cas ?

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Pour commencer, il est à noter que les nouveaux embauchés ont toujours été les plus menacés en cas de difficultés de l’entreprise. Pourquoi stigmatiser davantage le jeune embauché, le pointer du doigt pour lui rappeler qu’il ne sait rien, qu’il n’est pas productif et qu’il restera deux ans en position éjectable…alors qu’il l’était déjà.

Ensuite, le CPE simplifie-t-il vraiment la vie de l’employeur au point de l’inciter à embaucher des jeunes ? Il faut d’abord noter que ce nouveau contrat vient s’ajouter à toutes les autres formes existantes de contrats spécifiques, compliquant un peu plus le maquis des formes d’embauche. Le CNE, grand frère du CPE, débouche déjà sur des conflits prud’homaux, ce qui ne va certainement pas rassurer les employeurs : malgré le discours, le licenciement reste une procédure complexe revêtant un risque important pour l’entreprise. L’incitation à embaucher davantage ne sera donc pas forte.

Une question simple se pose : lorsqu’une entreprise se trouve dans la nécessité de licencier, pourquoi faudrait-il qu’elle s’en prenne en premier aux plus jeunes ? D’autres critères de sélection ne sont-ils pas plus appropriés, telles que la performance individuelle ou la motivation personnelle de chacun des salariés, critères indépendants de l’âge et de l’ancienneté ? Pourquoi désigner arbitrairement les fusibles, alors que ceux-ci sont peut-être les nouvelles forces vives qui pourront contribuer à la sortie des difficultés ? Pourquoi pousser l’employeur à des arbitrages « sociaux » contre-productifs pour son entreprise ?

La multiplication des contrats spécifiques ne fait que multiplier la hiérarchie des guichets pour trouver un emploi. Tout en bas de l’échelle, la file d’attente pour les contrats hyper-précaires. Tout en haut, la forteresse des CDI. Alors qu’en bas, le statut de vulnérabilité est dévalorisant comparativement à celui d’en haut, le statut hyper-protégé du CDI incite à garder son poste, à ne pas prendre de risque de peur de perdre tous les avantages liés à ce statut, quitte à refuser d’anticiper sur les difficultés du secteur dans lequel on travaille. Notre système de planification complexe est celui de l’humiliation et de la peur.

Enfin, cette gestion de la pénurie d’emplois ne résout en rien la question primordiale : comment créer des jobs dans notre pays ?

Les gouvernements successifs ont tous lancé des politiques ambitieuses de l’emploi, jouant les apprentis sorciers à la place des employeurs et jetant l’argent des Français par la fenêtre des mauvaises idées. Au lieu de laisser les entreprises gérer leur activité, leur développement et leur politique de gestion des ressources humaines, le monde politique n’a cessé de vouloir s’immiscer dans leur vie en imposant ses propres idées, entraînant par ailleurs une instabilité juridique et fiscale fortement pénalisante. Le résultat est là : nos entreprises sont contraintes de fonctionner en sous-effectifs pour ne pas trop dépendre de ces incertitudes, bref pour ne pas subir un risque trop élevé.

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Les propositions des différents « partis de pouvoir », qu’ils se disent progressistes ou conservateurs, s’avèrent toutes plus planificatrices et interventionnistes les unes que les autres. Pour nous, cette voie du centralisme dirigiste est à l’origine même du marasme actuel. Il ne faut plus chercher comment ajuster le système pour combattre le mal, car le mal vient du système lui-même. En proposant d’abattre les murs qui nous asphyxient, Alternative Libérale souhaite rendre leur tonus tant aux entreprises qu’aux salariés. Cela passe par la simplification des règles et l’alignement des chances de chacun dans la recherche d’emploi.

Il est plus essentiel que jamais de voir les Français réapprendre à accepter le risque et ses conséquences, l’échec comme le succès. Pour sortir de notre paralysie sclérosante, il nous parait indispensable d’abolir ces stratifications qui classent les personnes en fonction des privilèges que leur statut leur accorde. Ce ne sont pas de nouveaux contrats mal ficelés dont le pays a besoin, c’est d’un contrat unique, librement négociable, sans mesures discriminantes.

Au-delà du principe de ce contrat unique « libre embauche », nous aspirons avant tout à un vrai projet de société qui ranime notre flamme.

Nous ne voulons plus subir un système livré clef en main d’en haut. Le monde auquel nous aspirons, c’est à chacun de nous de le construire !

Aurélien Veron

a.veron@alternative-liberale.fr