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Sabine Herold sera à l'émission de Frédérique Taddeï "Ce soir ou jamais", Mercredi 26 Novembre 2008 à partir de 23 heures en compagnie de Martin Hirsch. A vos petits écrans.

Le libéralisme, une exigence éthique


par Alain Laurent

[Compte-rendu d’une conférence d’Alain Laurent sur le thème « Le libéralisme, une exigence éthique »]

Le libéralisme est bien éthique avant d'être économique. En France, où l'on parle presque exclusivement d'ultralibéralisme et de libéralisme économique, on oublie la dimension politique du libéralisme. L'approche libérale se focalise sur la notion de Liberté et non sur le libre-échange. En effet, le marché n'est qu'un instrument pour accroître la liberté des individus, il n'est pas moral en soi. Or, si les Libéraux sont divers, ils se retrouvent autour de valeurs communes qui dépassent largement la notion de marché.

1. Comment définir les valeurs des Libéraux

Il est difficile pour quiconque de définir les Libéraux et les valeurs qui les animent. Le risque est en effet grand de généraliser ce qui n'est que ses propres préférences. Beaucoup pensent que la pensée libérale est trop individualiste et basée sur les préférences individuelles pour permettre de repérer des points communs entre les libéraux. Cependant, en étudiant les différents auteurs, il est frappant de voir comme des lignes de force se dessinent. De Locke à Vargas Llosa, Friedman ou Revel, ou retrouve une réelle homogénéité.

Ce qui peut surprendre dans l'étude des valeurs des Libéraux est que peu sont spécifiquement libérales. Ainsi, le concept de Liberté a-t-il été largement utilisé par toutes les idéologies (liberté des peuples, liberté nationale, liberté communiste). Il est donc nécessaire de les préciser afin d'éviter toute confusion.

Si les valeurs des Libéraux sont nombreuses, elles sont toutes liées à la Liberté individuelle. Il s'agit d'un ensemble qui fait sens.

Les Libéraux semblent particulièrement apprécier 2 qualificatifs :

  • limité
  • négatif

Le terme de liberté négative est souvent employé pour désigner une liberté qui ne serait pas entravée

Quand ils parlent de démocratie, les Libéraux, conscients de ses dérives possibles, aiment lui adjoindre le qualificatif de limitée. En effet, la démocratie peut amener à l'oppression de la minorité. Dès lors, il semble nécessaire de protéger l'individu contre la majorité. Ainsi, les droits inaliénables de l'individu ne doivent pas être dépendants du bon vouloir d'une majorité. L'individu doit être protégé (droit à l'avortement, liberté religieuse, liberté scolaire...) comme la possible tyrannie démocratique. La démocratie ne doit pas empêcher chacun de jouir d'une liberté entière telle qu'elle n'entre pas en conflit avec la même liberté accordée aux autres individus. Dans ce cadre, le marché est un moyen de laisser les individus libres.

2. L'individu

L'individu est central dans la pensée libérale. Mais quand on parle d'individu, s'agit-il ici d'une valeur ou d'un fait ? Il semble donc plus opportun de parler d' « individu sujet » doté du libre arbitre. La pensée libérale est donc à la totale opposée aux idéologies déterministes puisque qu'elle s'attache au pouvoir d'autodétermination de « l'individu souverain », capable de réaliser ses propres choix (et le mieux à même de les faire).

Les Libéraux retournent donc la notion de souveraineté, autrefois toujours extérieure (souverainement divine, du peuple) pour ne la laisser qu'au seul individu.

3. La Liberté

La Liberté, tout comme la souveraineté, ne s'applique, dans la pensée libérale qu'à l'individu (et non au peuple ou à l'Etat). Cette valeur est la plus importante valeur commune aux Libéraux. Il ne faut pas parler des libertés, mais de la Liberté. Comme le disait Vargas Llosa «la Liberté est une et indivisible ». Le principe est unique, les déclinaisons juridiques sont multiples. C'est ce qu'avaient compris les Révolutionnaires (libéraux avant la venue des Jacobins) eux qui ont inscrit la devise de notre pays au singulier. Les Libéraux ne sont d'ailleurs en rien des contre-révolutionnaires, eux qui sont à son origine.

Ce choix du singulier différencie d'ailleurs directement les Libéraux des communistes qui se disaient champions des libertés. Le concept de liberté négative signifie ne pas être astreint, assujetti à un pouvoir arbitraire.

Cette interprétation semble à la mode avec la vague « c'est mon choix » qui valorise l'ubuesque, degré 0 de la véritable Liberté. Un libéral n'empêchera personne de se conduire comme il l'entend, mais cela ne signifie pas valoriser des agissement ridicules.

4. La Responsabilité individuelle ou Responsabilité de soi

L'idée de Responsabilité de soi est exigeante, mais n'est pas une culpabilité individuelle des malheurs collectifs comme tentent de nous le faire croire certains. L'idée de responsabilité face à la Sécurité Sociale n'est finalement qu'une demande de sacrifice alliée à la culpabilité. Il ne s'agit pas de responsabilité individuelle de rendre chacun comptable de tout, de la faim dans le monde, des enfances maltraitées... Il s'agit ici d'un retournement de la responsabilité afin d'asservir l'individu, retournement dans lequel Sartre est loin d'être étranger.

Si chacun est responsable de ses agissements, il n'est responsable que de ses agissements propres. Les Libéraux luttent contre la déresponsabilisation mais doivent rester attentifs aux retournements de concepts dont sont si friands les étatistes. Le dénominateur commun entre Blair et Thatcher, est bien ce retour à la responsabilité de soi afin de ne pas rejeter celle-ci sur les autres.

Cette valeur est si centrale dans la philosophie libérale, parce qu'elle est la contrepartie nécessaire de la Liberté de choix. La liberté implique la possibilité de faute ou d'erreur qu'il est nécessaire de réparer. Plus les libertés augmentent, plus la punition de ceux qui violent le droit doit être forte, pour se prémunir de l'anarchie.

Il est intéressant de remarquer que les différentes annonces d'emploi recherchent des «Responsables ». Ce concept jouit donc d'une large estime, que ce soit de la part de la personne qui confie une tâche que de celle qui la reçoit, et veut se montrer capable de l'accomplir.

5. Une égale Liberté individuelle

Les libéraux, même chez Kant ou Stuart Mill, se retrouvent autour de cette thématique. La Liberté des individus doit être la plus grande pour tous. Voila pourquoi les Libéraux privilégient toujours le consentement, le vrai accord contractuel à la coercition. Le contrat a toujours la faveur des Libéraux, mais il ne faut pas être dupe des différentes pressions qui entourent un contrat. Ainsi, dans le cadre du contrat de travail, l'employeur se retrouve souvent en position de force face à l'employé qui doit se nourrir.

6. Pluralisme et tolérance

Le libéralisme serait-il simplement le marché allié à la tolérance ? Non, car le marché n'est qu'un simple moyen et la tolérance est devenue une véritable obligation qui devrait avoir ses limites. Il convient de rappeler que les Libéraux ont toujours été les chantres de la tolérance, comme l'ont montré Voltaire ou Turgot. Cependant, cela ne signifie en rien que tout soit tolérable.

Les Libéraux aiment ainsi bien les limites, eux qui sont partisans d'un Etat limité, d'une démocratie limitée et d'une tolérance limitée, comme le rappellent Revel, Slama ou Finkielkraut.

Les valeurs libérales ne se résument donc pas à la seule tolérance, il convient d'avoir une vision moins courte.

7. Laïcité

La laïcité, ce n'est pas seulement reconnaître la liberté religieuse, mais également combattre les prétentions politiques des religions. Beaucoup de libéraux ont été de grands anti-cléricaux, car ce combat s'inscrivait dans celui contre la monarchie et l'hégémonie de l'Eglise catholique.

8. Une société ouverte

Le Libéralisme revient-il à privatiser les existences individuelles ? Les Libéraux ne sont pas des anarchistes. Ils sont partisans d'une sphère publique réelle, mais limitée, d'un Etat afin de permettre aux plus faibles de rester libres, mais celui doit rester principalement limité à ses fonctions régaliennes. Cela explique que les libéraux aient toujours été d'ardents défenseurs de la Constitution, qui permet de garantir les droits au delà des mouvements d'humeur des parlements.

Il s'agit donc, comme l'écrivait Karl Popper, libéral de gauche, de défendre une société ouverte.

 

Questions
 

1. Quelle différence entre libéraux de gauches et libéraux de droite ?

Les libéraux de gauche trouvent leur origine dans la doctrine de Proudhon. Ils acceptent l'ensemble des valeurs libérales mais se montrent plus sensibles à la dimension concrète de la liberté, ce qui explique leur acceptation de la discrimination positive. D'ailleurs, Jean-Baptiste Say considérait que l'éducation se devait d'être gratuite afin de permettre à chacun, même venant d'un milieu défavorisé, d'accéder au marché du travail. Ainsi les libéraux de gauche considèrent nécessaire de soutenir les plus faibles au préalable (via l'éducation, la formation) quand les libéraux de droite auront davantage tendance à penser que la suppression des obstacles (règlements, corporations...) permettra à chacun d'y arriver seul.

Il est intéressante de constater que le recul des idées libérales en France (de 1880 à 1960) est concomitant du changement de sens du terme « liberal » en anglais (sens qui, de libéral, devient socialiste). Dans le monde anglo-saxon, être « liberal » signifie se prononcer pour des politiques comme le New Deal ou Clinton. Ce changement de sens est peut-être dû au manque d'action concrète des libéraux.

2. John Rawls est-il libéral ?

Si John Rawls a été considéré comme un libéral, il ne l'est pas, hors du concept du voile d'ignorance. Selon lui, l'individu ne s'étant pas créé seul, il a contracté une dette envers la société. Cela justifie donc l'Etat Providence et la solidarité obligatoire. Rawls pousse même au-delà, considérant que les talents de chacun ne lui appartiennent pas, étant dus au hasard.

Cette conception déterministe remet en cause la propriété même de soi.

3. Le libéral se satisfait-il de ce qu'il voit ?

Rester libéral face aux défis politiques ou économique ne semble pas évident a priori. Pourtant, peut-on employer des moyens anti-libéraux pour arriver à de vraies réformes libérales ? Si les valeurs sont intemporelles, les moyens eux doivent s'adapter. Face au nazisme, la guerre et la conscription se sont retrouvées nécessaires.

4. Voit-on face à l'Islam autre chose qu'une poussée d'anticléricalisme ?

L'Islam doit être traitée comme les autres religions, des lois spécifiques n'ont pas de sens. Il convient néanmoins de rappeler que l'Islam est une religion théocratique, punissant de mort le blasphème et l'apostasie.
 

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