De
l'extrême gauche à une grande partie de la
droite, les Français se disent "sociaux", et
anti-libéraux. Ils veulent dire par là
qu'ils s'intéressent au sort des plus
défavorisés, alors que nous, les libéraux,
qui défendons l'individu et l'économie de
marché - rebaptisée loi de la jungle pour la
circonstance - sommes des égoïstes, avides
de profit. Or il se trouve que c'est
exactement le contraire : c'est nous les
généreux, et eux les prédateurs! Mais il
nous acculent toujours à la défensive en se
plaçant sur le terrain de la morale. Il est
grand temps de repasser à l'offensive, et
d'occuper à notre tour ce terrain.
C'est l'objet
de cet exposé. Je vous préviens tout de
suite que c'est un exposé de combat, et
qu'il a pour ambition de vous donner des
armes. Ceux qui n'ont pas envie de se battre
peuvent quitter la salle sans me vexer... Je
n'en vois pas, je reprends le fil.
Voici tout d'abord une arme tactique pour
déstabiliser l'adversaire : faites
l'innocent et demandez lui ce qu'il entend
par libéralisme. Il y a toutes les chances
pour qu'il bafouille des inexactitudes.
Dites lui alors que vous n'êtes pas surpris
qu'il n'aime pas le libéralisme, car il ne
sait pas ce que c'est. Contrairement à ce
qu'il croit, où feint de croire lorsqu'il
sait mais que la vérité le gêne, les
sociétés qui appliquent la morale libérale
ont toujours été, dans tous les temps et
sous tous les cieux, les sociétés les plus
prospères, les plus tolérantes, les plus
ouvertes et les plus humaines.
Vous pourrez
ensuite terrasser votre adversaire tout à
loisir avec les armes que je vais maintenant
vous donner.
Beaucoup de
personnes voient dans le libéralisme
seulement une doctrine économique, d'autres
y voient aussi une doctrine politique. En
réalité le libéralisme est avant tout une
morale individuelle, ensuite une philosophie
de la vie en société dérivée de cette
morale, enfin seulement, une doctrine
économique qui se déduit logiquement de
cette morale et de cette philosophie.
Le libéralisme repose sur deux principes
moraux : La liberté et la responsabilité
individuelles.
-
Etre
responsable, cela veut dire assumer soi-même
les conséquences de ses propres actes. C'est
un principe d'apprentissage par tâtonnement
et d'auto perfectionnement.
-
La liberté
individuelle, pour le libéral, ce n'est pas
ma petite liberté égoïste, c'est la liberté
de chacun. Ce n'est pas faire tout ce qui me
plait sans me soucier des autres, car alors
je risquerais de limiter la liberté d'autres
personnes : si je me livre à la drogue au
point de ne plus pouvoir assumer ma propre
existence, je deviens une charge pour les
autres.
Cette idée est exprimée de façon remarquable
par l'article 4 de la fameuse Déclaration
des droits de l'homme et du citoyen de 1789,
qui dit : la liberté consiste à pouvoir
faire tout ce qui ne nuit pas à autrui;
ainsi l'exercice des droits naturels de
chaque homme n'a de bornes que celles qui
assurent aux autres membres de la Société la
jouissance de ces mêmes droits.
Je vous demande
de bien noter au passage que cette fameuse
Déclaration est l'œuvre de libéraux. Comme
vous le savez, les jacobins, c'est à dire
les socialo-communistes de l'époque, se sont
assis dessus et ont institué la Terreur.
Les concepts de
liberté et de responsabilité ne sont pas
indépendants l'un de l'autre. Aucun des deux
ne peut exister sans l'autre. En effet :
-
on ne peut
être responsable de ses actes que si on est
libre de les commettre ou non.
Réciproquement,
-
si l'on veut respecter la liberté des autres,
il faut assumer soi-même les conséquences de ses propres actes.
Pour assurer sa
vie, l'homme doit produire, au pris d'un
effort et en utilisant sa raison, des
biens qu'il pourra consommer, stocker, ou
échanger, ainsi que des services qu'il
pourra échanger contre d'autres biens ou
d'autres services. Celui qui n'a pas droit
au produit de ses efforts n'a pas la
certitude de pouvoir entretenir sa vie de la
façon qu'il désire. L'homme qui produit
alors que d'autres disposent de ce qu'il
produit est un esclave. Celui qui produit
alors que l'Etat lui en prend la moitié, est
un demi esclave. La propriété acquise par
l'effort et la raison est donc une condition
impérative de l'exercice de la liberté.
Celui qui
produit et échange gagne ce qu'il consomme.
Il ne prend rien aux autres. Il ne s'attend
pas à être payé sur ses plaintes ou sur
l'expression passive de ses besoins, mais
sur ses réalisations, sur ce qu'il a
accompli.
Réciproquement, la propriété acquise par la
force, le vol ou la tromperie, est en
contradiction totale avec la morale
libérale. Si l'on veut que chacun jouisse de
la liberté, on ne doit rien obtenir des
autres par la coercition, mais seulement
avec leur consentement.
L'individu peut
obtenir les biens ou les services qu'il ne
peut ou ne veut produire lui-même, grâce à
l'échange. L'échange se fait avec un autre
individu ou avec une société : par exemple
l'échange d'un travail contre un salaire. Lorsque l'échange est libre, les deux
parties y trouvent leur satisfaction, sans
cela ils ne le feraient pas, et aucun tiers
n'est lésé.
Les échanges favorisent les rapports
pacifiques entre les hommes et contribuent à
la moralisation de ces rapports. Car pour
que les échanges soient efficaces, ils
doivent exclure le mensonge. Et l'on
constate bien que la confiance règne dans
les sociétés libérales. Ceux qui la
trahissent sont l'objet d'opprobre. Si
vous voulez vous en convaincre, je vous
recommande la lecture du livre fondamental
d'Alain Peyrefitte : La Société de
Confiance.
L'homme
obtiendra des résultats d'autant meilleurs
qu'il fera plus d'efforts et utilisera mieux
sa raison. C'est la seule source d'inégalité
cohérente avec la morale libérale. La morale
libérale ne tolère pas l'inégalité devant la
loi, quelles qu'en soient ses formes -
l'esclavage, les castes, les privilèges -
parce que ces inégalités sont obtenues par
la coercition exercée par le pouvoir. Il
faut que vous vous pénétriez bien de cette
vérité historique : en France l'esclavage a
été aboli une première fois en 1794 sous la
pression inlassable de Condorcet, l'Abbé
Grégoire, et La Fayette, qui étaient tous
des libéraux. Rétabli par Napoléon, il a de
nouveau été aboli en 1848 grâce aux efforts
non moins inlassables d'autres libéraux, en
l'occurrence Tocqueville, Montalembert, et
Victor Schoelcher.
Les
interactions volontaires avec les autres
permettent à l'individu d'améliorer
considérablement son efficacité dans sa
recherche du bonheur par l'effort et la
raison. D'abord, la comparaison de ses
résultats avec ceux des autres permet de
progresser - à condition que le jugement
ne soit pas altéré par l'envie, péché
capital pour un chrétien, mais moteur de
l'action socialiste.
Réciproquement,
la recherche individuelle du bonheur par
l'effort et la raison engendre des
conséquences extrêmement positives pour les
autres. S'il jouit de la liberté, l'homme
peut créer, inventer de nouvelles voies. Ce
faisant, il enrichira aussi les autres. La
plupart des gens consomment à peu de choses
près l'équivalent de la valeur qu'ils
produisent. Mais l'homme qui produit une
idée, une invention, ne reçoit qu'une infime
partie de la valeur qu'il a ajoutée au
patrimoine de l'humanité, et dont un nombre
illimité de personnes bénéficiera.
Si aucune
autorité n'intervient pour lui dicter ses
choix, l'homme peut choisir le travail qu'il
préfère, se spécialiser dans ce travail, et
aller aussi loin dans la voie du succès que
sa volonté et son talent le permettent. Mais
à une condition : il faut que ce travail
ait un intérêt pour d'autres. C'est ce
que ne comprennent pas tous ceux qui
considèrent que la Société doit leur fournir
le genre de travail auquel ils aspirent,
même s'il y a déjà beaucoup trop de gens qui
font ce travail.
Quant à
l'entreprise, elle meurt si elle n'est plus
durablement en mesure d'assurer à ses
clients le service qu'ils désirent. La plus
grosse entreprise perd sa puissance et son
influence dès qu'elle perd ses clients. Le profit va donc seulement à celui qui a
compris ce que veulent les autres. Il
n'en est pas de même pour les activités de
l'Etat, qui ne connaissent aucune sanction.
Les théories de
gauche et de la pseudo droite sur
l'entreprise, généralement conçues et
propagées par des gens qui n'ont jamais mis
les pieds dans une entreprise, partent de
l'idée qu'il existe une opposition
irréductible entre les intérêts des
travailleurs et ceux des patrons. Il n'y a
rien de plus contraire à la réalité, au
moins dans un marché libre. Car dans un
marché libre, il n'y a pas de chômage
permanent, et les patrons sont en
concurrence les uns avec les autres pour
attirer les meilleurs salariés. Et même en
situation de sous emploi, les patrons
conscients, qui pensent d'abord à la
pérennité de leur entreprise avant même de
penser au profit, savent qu'une entreprise
ne peut être efficace que si les
travailleurs s'y sentent bien. La
préoccupation majeure de tout bon
manager, est de faire en sorte que ce soit
le cas. C'est très difficile, car chacun de
nous croit volontiers que ses mérites ne
sont jamais suffisamment reconnus, et les
syndicats nous encouragent à le penser. Dans
l'entreprise privée, on y parvient pourtant,
puisqu'il n'y a que 5% de syndiqués, et il
n'est pas rare de voir les syndicalistes
eux-mêmes demander discrètement une place
dans l'entreprise pour leurs enfants. Bien
entendu, il y a des mauvais chefs
d'entreprise, mais en moins grand nombre que
ne le laisseraient croire le cinéma et la
presse - qui sont à 80% au mains des gauchos
- et s'il y en a peu, c'est pour une raison
bien simple : les mauvais chefs d'entreprise
ne survivent pas longtemps.
J'ai découvert
un jour dans les archives du groupe Peugeot
un petit livre datant de 1894
intitulé "Institutions patronales de la
maison Les Fils de Peugeot Frères". Ce livre
avait donc plus d'un siècle. Il contenait de
manière très claire et très lisible les
comptes des différentes institutions
suivantes :
-
une caisse de
retraite
-
deux sociétés de secours mutuels (une par
usine)
-
deux sociétés d'appui mutuel en cas de
décès
-
une caisse d'assurance contre les
accidents
-
des logements ouvriers
-
trois écoles
-
deux cercles ouvriers
-
un hôpital
J'ai vainement
cherché dans notre Sécurité Sociale
totalitaire s'il existait des avantages que
n'avaient pas déjà les salariés de la maison
Peugeot. Je n'en ai trouvé aucun. En
revanche j'ai trouvé trois avantages
qu'avaient sur nous ces salariés il y a plus
d'un siècle :
-
leur
participation n'était que de 5,5% du
salaire, le reste étant couvert par
l'entreprise
-
bien que la part patronale fut très
supérieure, la gestion était paritaire
-
tous les salariés recevaient ce petit
livre, clair, lisible et précis.
Et ce petit
livre se terminait ainsi :
"Les ouvriers
de la Maison "Les Fils de Peugeot frères" ne
se sont jamais mis en grève et une entente
parfaite a toujours existé entre les patrons
et les ouvriers"
"Un grand
nombre de familles sont occupées dans les
usines depuis 3 générations"
J'ai découvert depuis que les Peugeot
n'étaient pas les seuls. D'autres grandes
familles industrielles, notamment les
Michelin, avaient des institutions
comparables.
Ce pan
d'histoire a été masqué par la propagande
gauchiste, ou tourné en dérision sous le
vocable de "paternalisme".
Je ne peux pas
m'étendre aussi longuement sur chacune des
conquêtes sociales du libéralisme que je
viens de le faire pour celle-ci, car je
dépasserais très largement le temps pourtant
raisonnable qui m'est imparti. Je me
contenterai de les résumer brièvement.
Dès 1803,
Jean-Baptiste Say déplorait le travail
répétitif. Il pensait qu'il fallait donner
plus d'initiative aux ouvriers, et se
faisait pour cela l'apôtre de l'instruction
primaire obligatoire, loi défendue par les
libéraux et combattue par les marxistes avec
Jules Guesde, qui y voyait une façon pour
les capitalistes de se procurer une main
d'œuvre plus rentable!
La loi du 28
mars 1841 interdisant le travail des enfants
de moins de 8 ans et limitant celui des
enfants de 8 à 12 ans fut introduite à la
Chambre par des libéraux. Le rapporteur
était Charles Dupin.
Le 17 novembre
1849, à l'Assemblée, Frédéric Bastiat, dans
un discours très documenté, et très
émouvant, soutint un amendement destiné à
autoriser les syndicats ouvriers et la
grève, la grève sans violence bien entendu.
Il ne fut pas entendu.
Il faudra
attendre la loi de 1864, pour que soit
reconnu le droit de grève. Cette loi a été
promulguée par Napoléon III sous l'influence
du libéral Emile Ollivier, premier ministre
et ministre de la justice. Il faudra
attendre vingt ans de plus pour que devienne
légale l'existence des syndicats. Une loi
avait été déposée en ce sens dès 1876 par le
député libéral Edouard Lockroy. Mais elle
fut combattue pendant 8 ans par les
socialistes. Poussée par le ministre de
l'intérieur libéral Waldeck Rousseau, elle
devint la loi du 21 mars 1884. Mais quand en
1900 et 1901 Waldeck Rousseau, devenu
président du conseil, tenta de l'étendre en
accordant la personnalité civile aux unions
de syndicats, il se heurta à l'opposition
des socialistes.
Le 2 juillet
1906, le député libéral Gaston Doumergue
déposa un projet de loi autorisant la
création de conventions collectives. Le
congrès de la CGT prit parti contre cette
proposition.
A partir de 1908, c'est encore sous
l'impulsion des libéraux que furent créées
les premières caisses d'épargne. Comme elles
étaient privées, elles ne rencontrèrent que
sarcasmes de la part des socialistes.
Les socialistes, eux aussi, prétendent être
motivés par une morale. Mais il y a une
immense différence entre leur morale et la
nôtre, sur laquelle je voudrais attirer
votre attention. La morale libérale, comme
la morale chrétienne, avec laquelle elle se
confond d'ailleurs partiellement, s'adresse
à l'individu. Elle s'adresse à l'individu
pour lui faire assumer la responsabilité de
ses actes, et ce faisant assurer la liberté
de son prochain. La morale socialiste, elle,
proclame certes qu'elle veut le bien de
l'individu, mais elle ne cherche à
établir ce bien que par l'intermédiaire de
l'Etat et de ses lois, c'est à dire par la
coercition. Le socialisme et ses avatars
définissent ce bien a priori, ils
l'inculquent aux enfants par l'éducation, et
ils l'imposent par la gestion étatique de
toutes les activités humaines.
Ce culte de
L'Etat par des gens qui comprennent beaucoup
d'intellectuels, c'est à dire des gens qui
sont censés observer et réfléchir, a
toujours été pour moi une source
d'étonnement. Je veux bien qu'il faille une
bonne connaissance des mécanismes
économiques - qui n'est guère enseignée par
l'Education Nationale - pour comprendre tout
le mal que fait l'Etat à l'économie. Mais
sur le plan social, qui est celui de cet
exposé, il n'y a pas besoin d'être très
savant pour constater que toutes les
horreurs que l'on trouve dans l'actualité et
les livres d'histoire sont le fait des Etats : les guerres, les massacres, les
déplacements de population, les camps de
concentration, les destructions, les
enlèvements, les procès truqués, les
détentions arbitraires, les tortures, les
famines, les persécutions, les
confiscations. C'est à chaque siècle et en
de multiples endroits que ce culte de l'Etat
aboutit aux mêmes dérives abjectes, comme la
Terreur en France, le National Socialisme
-c'est à dire le nazisme - en Allemagne, ou
les exterminations méthodiques opérées au
sein de l'Union des Républiques Socialistes
Soviétiques.
Les libéraux,
eux, en sont conscients, et c'est pour cela
qu'ils ont toujours cherché à limiter le
pouvoir des Etats. Ce sont eux qui ont
inventé le principe de séparation des
pouvoirs, si difficile à mettre en œuvre,
même dans notre vieille démocratie. Ce sont
eux qui ont inventé la Déclaration des
Droits de l'Homme de 1789 pour protéger les
individus contre l'Etat.
Mais le libéral
est conscient que si l'homme peut acquérir
des biens par l'effort et la raison, il peut
aussi les acquérir aux dépens des autres par
la ruse ou par la force. Le libéral accepte
donc comme un moindre mal une autorité dont
la seule vocation serait précisément de
faire respecter les droits individuels. En
pratique cela veut dire un Etat limité aux
seules fonctions dites "régaliennes" : la
Justice, la Police, et la Défense Nationale,
ce qui implique une Diplomatie. Toutes les
autres fonctions sont mieux accomplies par
la libre association d'individus.
Les deux
concepts de la morale socialiste dont on
entend le plus parler sont l'égalité et la
solidarité. Je voudrais vous montrer à quel
point ces idéaux, a priori édifiants, sont
dévoyés par les mécanismes même du
socialisme.
L'égalité. Le libéral combat les
inégalités vraiment injustes, c'est à dire
celles qui profitent aux hommes politiques
et aux fonctionnaires, et les inégalités qui
résultent du vol ou de la coercition, qui
sont souvent le fait de l'Etat, ou le fait
que l'Etat ne fait pas son travail.
Le socialiste,
lui, recherche l'égalité de résultat, et
c'est ainsi que dans ce pays tout est fait
pour encourager celui qui ne veut rien
faire, et tout est fait pour mettre des
bâtons dans les roues à celui qui
entreprend. C'est ainsi que l'Education
Nationale, n'ayant pas réussi à uniformiser
les résultats des élèves par le haut, s'est
résigné à les uniformiser par le bas.
Je vous le
demande, n'est-il pas profondément injuste
de récompenser de la même façon le paresseux
et celui qui se donne du mal? Celui qui fait
n'importe quoi et celui qui réfléchit?
La solidarité. Pour le libéral, la
solidarité, la sollicitude vis à vis de ses
semblables, sont des vertus individuelles
qui s'exercent directement ou au moyen de
libres associations. La solidarité qui
s'exerce par exemple dans les petites
communautés, villages, quartiers, lieux de
travail, où les gens se connaissent et
s'impliquent. L'étude historique des sources
de l'aide aux déshérités, montre qu'elle
était plus importante, en pourcentage du
niveau de vie moyen, lorsqu'elle était
privée que depuis qu'elle est publique. On
se doute qu'elle était aussi plus souplement
adaptée aux besoins réels des individus et
qu'elle laissait moins de place aux
gaspillages et à la corruption. Je voudrais
vous lire à ce sujet quelques lignes de
Frédéric Bastiat sur les sociétés de secours
mutuels.
"Les
sociétés de secours mutuels, [sont une]
institution admirable, née des entrailles de
l'humanité, longtemps avant le nom même de
Socialisme. Il serait difficile de dire quel
est l'inventeur de cette
combinaison...Toujours est-il que j'ai vu
surgir spontanément des sociétés de secours
mutuel, il y a plus de vingt cinq ans parmi
les ouvriers et les artisans les plus
dénués, dans les villages les plus pauvres
du département des Landes (écrit en 1848).
Dans toutes les localités où elles existent,
elles ont fait un bien immense. Les associés
... sentent tous leur dépendance réciproque,
l'utilité dont ils sont les uns pour les
autres; ils comprennent à quel point le bien
et le mal de chaque individu ou de chaque
profession deviennent le bien et le mal
communs...
Ce qui a fait
jusqu'ici le succès de ces sociétés, -
succès lent, à la vérité, comme tout ce qui
concerne les masses, - c'est la liberté, et
cela s'explique...
Leur écueil
naturel est dans le déplacement de la
Responsabilité. Ce n'est jamais sans créer
pour l'avenir de grands dangers et de
grandes difficultés, qu'on soustrait
l'individu aux conséquences de ses propres
actes. Le jour où tous les citoyens diraient : "nous nous cotisons pour venir en aide à
ceux qui ne peuvent travailler ou ne
trouvent pas d'ouvrage," il serait à
craindre qu'on ne vit se développer, à un
point dangereux, le penchant naturel de
l'homme vers l'inertie, et que bientôt les
laborieux ne fussent réduits à être les
dupes des paresseux. Les secours mutuels
impliquent donc une mutuelle surveillance,
sans laquelle le fonds des secours serait
bientôt épuisé. Cette surveillance
réciproque, qui est pour l'association une
garantie d'existence, pour chaque associé
une certitude qu'il ne joue pas le rôle de
dupe, fait en outre la vraie moralité de
l'institution. Grâce à elle, on voit
disparaître peu à peu l'ivrognerie et la
débauche, car quel droit aurait au secours
de la caisse commune un homme à qui l'on
pourrait prouver qu'il s'est volontairement
attiré la maladie et le chômage, par sa
faute, et par suite d'habitudes vicieuses?
C'est cette surveillance, qui rétablit la
Responsabilité, dont l'association, par elle
même, tendait à affaiblir le ressort.
Or, pour que
cette surveillance ait lieu et porte ses
fruits, il faut que les sociétés de secours
soient libres, circonscrites, maîtresses de
leurs statuts comme de leur fonds. Il faut
qu'elles puissent faire plier leurs
règlements aux exigences de chaque
localité."
Voila comment
les libéraux conçoivent la solidarité, mais
les socialistes baptisent cela "charité", et
tournent le concept en dérision comme ils
ont tourné le paternalisme en dérision. Pour
eux, la solidarité consiste à faire
redistribuer par l'Etat de l'argent pris à
d'autres. Cela n'a évidemment aucune valeur
morale mais donne bonne conscience. Pourquoi
venir en aide directement à son prochain,
lorsqu'on a déjà payé l'Etat pour le faire?
En pratique,
l'Etat tue la compassion. Mais cette fausse
solidarité permet de faire mousser les
hommes au pouvoir. En réalité, elle est
devenue au fil des ans une toile d'araignée
si complexe que personne ne la maîtrise
plus, et elle laisse par conséquent le champ
libre à toutes sortes d'iniquités, de
gaspillage, et de corruption. Cela est
encore plus vrai lorsque cette pseudo
solidarité est exercée par des Etats par
l'intermédiaire d'autres Etats. Que l'on ait
besoin de rappeler de telles évidences en
dit long sur le degré de pénétration de la
pensée gauchiste.
En conclusion,
le libéralisme s'intéresse à l'individu plus
qu'à la société. Il considère que la société
n'est qu'un ensemble d'individus libres et
responsables, et que tout ce que chacun de
nous fait pour les autres, il le fait
librement, soit par raison, soit par
inclination.
Les socialistes
et leurs différents avatars, au contraire,
mettent la société au dessus de l'individu.
Pour eux, l'individu est une espèce d'animal
sacrificiel qui ne compte pas devant la
société. Ils la voient comme ayant une vie
indépendante des éléments qui la
constituent, ces éléments étant eux-mêmes
des entités abstraites sans grande
importance.
Quant aux
hommes de pouvoir, tous les hommes de
pouvoir, ceux de droite comme ceux de
gauche, ils se donnent pour fonction de
diriger la société, et toute action
individuelle est pour eux potentiellement
déviante et donc dangereuse.
Mais comme on
ne peut convaincre, comme on ne peut
diriger, sans un substratum moral minimum,
les intellectuels de gauche et les hommes de
pouvoir, qui ont les uns et les autres une
mentalité de prédateurs, se sont accaparés
la morale comme ils accaparent tout le
reste.
Leur méthode
est simple : il leur suffit de faire passer
pour égoïste tout individu qui ose penser
tout seul, pour exploiteur tout individu qui
ose entreprendre, et pour ennemi du peuple
tout individu qui met ses intérêts avant
ceux de l'Etat. Ils prétendent qu'eux seuls
possèdent les vertus d'altruisme et de
solidarité.
Tant que vous
n'aurez pas assimilé cela, vous serez à la
merci des intellectuels de gauche, et vous
serez à la merci des hommes de pouvoir de
toutes tendances. Si nous, les libéraux,
nous voulons sortir du ghetto où nous
sommes, il nous faut nous battre sur le
terrain de la morale, il nous faut récupérer
la morale qu'on nous a volée. Les libéraux
adorent les raisonnements économiques et
dédaignent le combat politique. Mais les
raisonnements ennuient la plupart des gens.
En revanche beaucoup de gens sont prêts à se
battre, voire à mourir, pour des principes
moraux.
Ces principes
sont universels. Ce sont les quatre
principes du décalogue relatifs à la vie en
société : tu ne tueras point, tu ne voleras
point, tu ne mentiras point, tu n'envieras
point ce qui appartient à ton prochain,
ainsi que le principe ajouté par le nouveau
testament : "aimez et respectez votre
prochain individu par individu" - je le
formule à ma manière, mais j'en respecte le
sens. Or le communisme tue, les
gouvernements volent et mentent, les
socialistes font reposer toute leur action
sur l'envie, et tous ces gens confondent
l'amour du prochain avec les faveurs
accordées à tel ou tel groupe d'électeurs.
J'espère vous
avoir démontré que les vrais libéraux, eux,
respectent les principes moraux de notre
civilisation chrétienne.