Mais les temps ont changé : La Fontaine repose au Père
Lachaise et dans la République, il n’y a plus de cours que celles du peuple,
n'est-ce pas ?
Tous égaux devant la Loi ! Tous égaux devant la justice !
Hélas, trois fois hélas. Qui oserait se lever dans cette salle
pour dire que l’égalité devant la loi, fondement même de la République a quelque
réalité dans notre pays ?
Chaque année 14000 nouvelles lois et règlements, 17000 pages
au Journal Officiel, et nul n'est censé ignorer la Loi ? Dans cette jungle
légaliste seuls les puissants, c’est-à-dire ceux qui ont les moyens d’être bien
conseillés tirent leur épingle du jeu.
La justice pour les uns, c’est les contrôles d’identités
quotidiens, la comparution immédiate au moindre larcin, la détention provisoire
sans mesure, les contrôles fiscaux inopinés, l’arbitraire administratif, les
prisons surpeuplées
Pour d’autres, la justice, c’est des batailles procédurales
interminables, le secret des comptes numérotés, les immunités d’Etat, la
responsabilité sans culpabilité, la prescription, le sursis et, parfois, le
quartier Vip.
Oh ! Ce n’est pas le luxe, le quartier Vip. C’est très loin du
confort des palaces et des ministères. C’est la prison.
Mais alors comment nommer le lieu où sont enfermés les autres
détenus, ceux dits de « droit commun » : les voyous, les voleurs, les vendeurs
de shit, les étrangers en situation illégale, et les innocents en attente d’un
procès ?
Selon Maître Dupont-Moretti, avocat de la boulangère
d’Outreau, qui n’était d’ailleurs pas boulangère, il y a un Outreau par semaine
en France.
On dit souvent qu’il faut visiter les toilettes d’un
restaurant pour se faire une idée de l’état des cuisines. Avez-vous visité les
toilettes de la France ? Alvaro Gil-Robles, Commissaire aux droits de l’Homme du
Conseil de l’Europe s’y est risqué l’année dernière. A propos du "dépôt" réservé
aux étrangers sous le Palais de Justice de Paris, il a déclaré:
" De ma vie, sauf peut-être en Moldavie, je n’ai vu un
centre pire que celui-là ! C’est affreux ! Les gens s’entassent dans un sous-sol
sur deux niveaux, sans aération. Ils se promènent dans une cour minuscule
grillagée de tous côtés. Au second niveau, on marche sur la grille, au-dessus de
ceux du premier niveau. Les fonctionnaires en sont eux-mêmes très gênés. Il faut
fermer cet endroit, c’est urgent. "
Bienvenue au pays des droits de l’homme !
Il y a du travail pour reconstruire une justice digne de ce
nom en France. Il faudra y consacrer des moyens considérables. Nous devrons
rétablir les droits de la défense, limiter la détention provisoire, humaniser
les prisons, rendre possible la réinsertion, assurer des délais de jugement
raisonnables, revoir de fond en comble la procédure et, enfin, donner les moyens
aux magistrats de s’attaquer à la grande corruption, qui menace nos démocraties.
On parle beaucoup de tolérance zéro ces derniers temps. Si
j’ai bien compris, il ne s’agit là que de faire respecter la loi. Les libéraux
n’ont rien à y redire. Mais si l’Etat veut des citoyens respectueux des lois, il
faut d’abord qu’il les respecte lui-même.
Alors, d’accord pour faire la différence entre un jeune et une
racaille,
mais faisons aussi la différence entre un entrepreneur et une crapule,
faisons aussi la différence entre un fonctionnaire et un ripou,
faisons aussi la différence entre un Président et une fripouille !
Mon engagement à Alternative Libérale est au service de la
seule égalité qui vaille et sans laquelle il n’y a aucune démocratie
envisageable: celle de l’égalité de tous les citoyens devant la loi.
Nous ne voulons pas d’une justice d’Etat. Ce que nous voulons,
c’est un Etat de droit.
David Poryngier