Intervention de Saïd Bouaïssi |
Congrès Fondateur d'Alternative Libérale, 14 mai
2006 |
> Voir la vidéo > Retour Je suis né à Maubeuge de parents algériens. Un drôle d'héritage, vous allez me dire. Mais cet héritage pose beaucoup de questions... Il amène ce questionnement de la France, son rapport aux autres peuples, son message universel, ses ambitions pour le monde. Or, le message d'émancipation et de liberté des individus et des peuples, que la France voulait porter au monde, tourne désormais à vide : pathétique fin de règne d'une Vème République à bout de souffle. La corruption mine tous nos rapports diplomatiques : des ambassadeurs français sont mouillés dans des affaires de détournement autour du programme de l'ONU "Pétrole contre nourriture". Et je passe sur l'affaire Elf, et je passe sur les chambres de compensation luxembourgeoises... L'aide au développement finance les dépenses somptuaires de dirigeants corrompus, ces oligarques "amis" de Chirac forment la base des nouveaux périls de la planète : guerres civiles, pauvreté, extrémisme religieux... Pour cela et pour beaucoup d'autres raisons, les peuples africains francophones nous méprisent et réclament partout la fin de la « Françafrique ». Pendant ce temps, on a refusé l'asile aux Algériens qui fuyaient la guerre civile chez eux, piégés qu'ils étaient entre les islamistes tueurs et les généraux assassins. Et aujourd'hui, la France délaisse la Tchétchénie à l'oppression de Poutine au nom de l'alliance franco-russe de la « paix ». Et aujourd'hui, la France oublie également le Darfour où se déroule un nième génocide silencieux : le sang des Fours coule pour l'or noir de notre soi-disant « indépendance énergétique » Et aujourd'hui, la politique agricole commune de L'Union Européenne noie les économies africaines de produits subventionnés à tout va. Politique commune, politique destructrice. Et, pendant ce temps en France, on retrouve les illusions d'impôt mondial, de subventions à tout va, de taxes sur les billets d'avion, qui finalement iront alimenter les poches: tout cet argent qui ira alimenter les poches des dirigeants corrompus, amis de Chirac ou encore les comptes non publiés des chambres de compensation luxembourgeoises. Et, pendant ce temps en France, on retrouve les illusions gauloises d'un « village d'Astérix résistant encore et toujours à l'envahisseur », et qui finalement n'a plus comme discours au monde, aux étrangers : « Vous n'êtes pas bien chez vous ? Eh bien, restez-y ! » Malgré tout cela et pour tout cela, mon engagement dans Alternative Libérale prend sens. Je m'engage dans AL car je combats le repli sur soi et le conservatisme rentier qui ont gagné la gauche et la droite françaises. Contre la « défense d'un modèle social » en ruine, je soutiens l'émergence de nouvelles formes de solidarités basées sur l'affirmation de nouvelles libertés. Je m'engage dans AL car les libéraux sont héritiers du message universaliste de la France et qu'ils pourront seuls le porter avec force et conviction. La philosophie qui m'anime est celles de grands défenseurs de libertés fondamentales et d'égalité entre les hommes. Je m'engage dans AL car je crois que les idéaux libéraux sont seuls capables de combattre les racismes et la « tentation obscurantiste » de l'islamisme. L'histoire européenne, dont nous sommes les héritiers, nous a appris où mène la volonté de trop mêler politique et religion : et c'est pour cela que nous saurons continuer le combat de la laïcité. Et pourtant les libéraux sont inaudibles sur ces questions, nous devons réaffirmer nos convictions, nous devons réaffirmer nos propositions : Nous voulons la fin de l'échange inégal : nous devons ouvrir nos marchés aux producteurs du Sud pour leur donner l'opportunité du développement économique. Nous voulons que l'aide au développement alimente d'abord le
microcrédit. Seule cet aide directe aux projets des individus, qui portent leur
propre initiative, a pu tirer de la pauvreté des centaines de millions de
personnes. Nous voulons que la France assume le « droit d'ingérence humanitaire » que les french doctors ont amené à la mauvaise conscience du monde. Nous voulons que la France se réapproprie son héritage des
Lumières et porte plus haut ses valeurs de liberté et d'émancipation, en
accueillant et en soutenant les dissidents des dictatures du monde. Nous voulons que la France retrouve le vrai sens du droit d'asile : accueillir les défenseurs des libertés dans le monde, c'est revoir notre diplomatie face aux dictatures, c'est faire entendre la voix de la France au nom même des persécutés que nous accueillons, et au nom des valeurs de 1789 que nous défendons. David a dit tout à l'heure "Bienvenue dans le pays des droits de l'Homme" parce que c'est vrai que c'est douloureux. On n'ose plus vraiment le dire. Je vais vous le dire quand même : Bienvenue dans le pays des droits de l'Homme, même s'il n'existe plus. Nous allons le reconstruire. Saïd Bouaïssi |