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Taxe Carbone : quand l'impôt vous fait la morale

Les hommes politiques, à travers le monde, s'étonnent souvent – avec une fausse naïveté qui frise la cuistrerie - que l'instauration de nouveaux impôts entraîne des vagues de mécontentement dans la population. Tel le vil personnage de Don Salluste (Louis de Funès), cupide grand d'Espagne chargé de lever l'impôt dans les provinces du pays, au début du film La Folie des grandeurs ; ils espèrent que le peuple va les acclamer alors qu'ils sont au bord du lynchage. L'annonce récente par Nicolas Sarkozy de la prochaine mise en œuvre de la « taxe Carbone », impôt environnemental sur l'émission de dioxyde de carbone, ne recueille pas vraiment l'adhésion populaire et – telle la gabelle d'Ancien Régime – est promis au sombre destin d'un impôt mal aimé. Un récent sondage indique que plus de deux tiers des français ne sont pas favorables à ce nouvel impôt ; et s'il n'est pas étonnant d'entendre les Verts se plaindre du manque de volontarisme de la mesure (ils auraient souhaité que la tonne de Co² soit taxée à 32 euros et non à 17), s'il n'est pas surprenant de percevoir les piaillements d'opposition automatisée du Parti Socialiste, il est plus amusant d'observer la majorité se diviser imperceptiblement sur le terrain feutré ce débat. 

Car le développement de l'impôt ne faisait pas partie – jusqu'à maintenant - de la culture habituelle de la droite, et rien ne laissait présager durant la campagne électorale de M. Sarkozy à l'élection présidentielle, le lancement effréné de tant de nouveaux prélèvements. La suppression de la taxe professionnelle a vite été contrebalancée par toute une pléiade de nouveaux impôts exotiques. Qui aurait songé, par exemple, à l'instauration d'une taxation sur le poisson ? Et bien, malgré toutes les qualités nutritionnelles de cet aliment, Nicolas Sarkozy a osé... En réponse à la « grogne » des pêcheurs, et afin de financer des aides à l'achat de gazole marin, le fier cabillaud et la douce truite des rivières hexagonales sont désormais frappées d'une... taxe. On ne s'attardera pas non plus sur la hausse de la redevance audiovisuelle, sur l'instauration d'une « taxe sur les ordinateurs » ou encore sur le « coup » des franchises médicales...  M. Sarkozy « taxe » plus que jamais... Normal, diront les esprits chagrins obnubilés par les colonnes de chiffres qui s'alignent dans les registres de Bercy : les caisses sont vides, le déficit inquiétant et l'État a le devoir impératif de faire entrer des recettes. Alors, même s'il lance des impôts qui ne résoudront pas tous les problèmes de notre pays, M. Sarkozy nous maintient dans une culture de l'impôt, une religion du prélèvement, une éthique angoissante de l'argent à rendre, à reverser, à régurgiter. Pour le bien commun. 

Il est amusant de constater que seul le président Sarkozy a rué dans les brancards pour lourdement adopter la notion de « taxe carbone », alors que l'ensemble du staff gouvernemental, spin doctors compris, avaient adopté le concept infiniment plus doux de « contribution ». Jean-Louis Borloo déclarait récemment   : «  Tout le monde en parle de cette contribution écologique: nous on la fait en vrai. Évidemment que le débat est important, que les modalités sont importantes. Le président y prend un soin particulier, il consulte bien entendu et je peux vous dire que l'équipe du gouvernement est autour de lui ». Tous autour du Petit Nicolas pour couver la nouvelle « contribution »... Car inutile de préciser qu'il est moins de douloureux de « contribuer » (la « contribution » a même le goût savoureux et l'odeur légère d'un acte individuel et volontaire)... que de payer un impôt, dont il est légalement impossible de se soustraire. Doux vertige de l'euphémisme... L'impôt impose, alors que la contribution – qui semble proposer - rend plus léger, léger...  voire heureux, même, qui sait ?

Ainsi, nous voilà dans l'ère des impôts « moraux », qui prétendent rendre les hommes « heureux ». Des impôts qui visent à modifier les hommes et les rendre « meilleurs » qu'ils ne sont à la sortie d'usine. François Fillon y va sans ambages, l'idée est bien de modifier nos façons de vivre... « il s'agit de fixer un prix à la pollution, pour pouvoir ensuite agir sur les comportements pour la réduire ». La phobie du réchauffement climatique (alimenté par le récent écolo-thriller mou de Yann Arthus-Bertrand ?)  doit-elle conduire le politique à nous dicter nos conduites individuelles ? Voilà tout l'enjeu du débat. Car la taxe carbone, nonobstant les détails de sa mise en application et les prétendues « compensations » qui se profilent, est surtout un impôt de civilisation, ayant pour fonction première – pour le pouvoir politique – d'envoyer le signal d'un changement de « paradigme ». Mais de quoi parlons-nous au juste ? S'il y a bien une chose que personne ne s'aventure à définir c'est bien le modèle « alternatif » que cet impôt défend...  quelles « autres » énergies rempliront le réservoir de la Clio pour amener la petite dernière à son cours de danse classique ? Quelles « autres » énergies animeront la chaudière de la demeure familière pour traverser l'hiver...   

Hommes et femmes politiques, paternalistes et maternalistes en diable, chefs d’entreprises et leader d'opinion, montent tous au créneau pour approuver, ou réprouver, souvent la larme à l’œil, l’idée de cette taxe qui « sensibilisera » les gens aux problèmes de pollution et d’environnement... mais rien de concret n'est mis sur la table. En dehors de l'éternelle vibration phobique de l'apocalypse climatique à venir (et qui tarde à venir...), les discours sur le « monde » moral de demain, garanti par les vertueuses « taxe carbone » et autres bonnes intentions fiscales et politiciennes, oublient simplement de nous dire quel sera notre avenir...  On oublie également que cette « taxe carbone » est issue – pour partie – de l'allégeance des principaux candidats à l'élection présidentielle de 2007 au ridicule « pacte » proposé par l'amuseur public et producteur-animateur de télévision Nicolas Hulot, auto-proclamé gourou vert et écolo-moraliste longtemps sponsorisé par la firme Rhône-Poulenc. Depuis quand les décisions de l'exécutif et de la magistrature suprême doivent être inspirées par les élucubrations mollement apocalyptiques des écolo-moralistes de la télévision ? 

Devons-nous accepter ce moralisme primaire, aussi bête et méchant que binaire, voulant diviser le monde entre... ceux qui veulent « sauver la planète » - Ah ! Les courageux guerriers ! - et ceux qui font mine de s'en foutre pas mal, du haut de leurs 4X4, et désirent secrètement l'effondrement des mondes ?  « La seule question que vos enfants vous poseront, déclare Jean-Louis-Borloo, c'est : étiez-vous dans le camp de la responsabilité ou dans le camp du renoncement » : nous voici mis en face d’un pénible choix moral... les générations futures jugeront sans concession notre décision d’entrer en résistance ou pas...  

La majorité de français hostile à ce nouvel impôt - synonyme de fins de mois encore plus difficiles pour les plus modestes – appréciera sans aucun doute. Salauds de pauvres !
 
Brieuc Bénézet 
 
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