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JDD l Alternative libérale: "Pas de politique à la papa"

Sabine Herold est le visage d'Alternative libérale pour la campagne européenne en Ile-de-France. Avant le meeting à Bobino, dimanche, la jeune femme répond sans détours au JDD.fr. Elle épingle notamment Nicolas Sarkozy, "élu sur un malentendu en 2007" et Olivier Besancenot, dont "le discours est extrêmement dangereux". Son parti espère réaliser entre 3 et 5% le 7 juin prochain.

Peut-il y avoir aujourd'hui une alternative libérale dans une Europe que certains décrivent déjà comme trop libérale?
Il y a un problème de définition. Etre libéral c'est quoi? L'idée fondamentale derrière le concept libéral c'est de croire qu'une décision est mieux prise lorsqu'elle est prise au niveau de l'individu, c'est-à-dire par chacun des 60 millions de Français plutôt que par quelques dirigeants politiques. Or, aujourd'hui en France, on est dans une situation totalement inversée où on voit un président de la République qui est Premier ministre, président de l'Assemblée, président de France Télévisions et qui, "grâce" à la crise, est devenu président de la moitié des banques et des groupes du CAC 40. Il y a une vraie concentration des pouvoirs tout à fait contraire à l'idée libérale. La liberté ne peut pas se saucissonner. C'est le message porté par Alternative libérale, celui d'un libéralisme authentique et complet.

Ne craignez-vous pas que le nom de votre parti, en cette période de crise, induise l'électorat en erreur?
Les libéraux, pendant plusieurs années, ont peut-être été mauvais en matière de communication. C'est vrai qu'aujourd'hui le terme "libéral" peut passer pour une insulte, mais nous, on le défend comme une notion intellectuelle et philosophique qu'il faut réhabiliter. Je remarque quand même que les choses ont évolué. On a réussi à casser ce mythe du libéral qui serait banquier irresponsable. Je pense que l'on peut être un parti important, un parti charnière. L'idée c'est de devenir l'équivalent du SDP en Allemagne qui fait régulièrement entre 10 et 15% aux élections, capable de s'allier pour porter les idées libérales. En France, être libéral c'est encore être minoritaire, mais ce n'est pas le cas en Europe.

"Une Europe pénible et tatillonne"

Quel est votre objectif de résultat pour ces élections européennes?
C'est vraiment une élection importante pour nous. L'Europe est un Janus à deux visages. Il y a d'un côté une Europe un peu pénible, tatillonne, qui veut réglementer la taille des concombres mais il y a aussi cette Europe qui a beaucoup apporté à la France, celle qui a mis fin aux monopoles, l'Europe qui pousse la France à se réformer. C'est cette Europe là que nous voulons défendre, celle qui permet la libre circulation des biens et des personnes. On va présenter entre quatre et cinq listes: Ile-de France, Est, Ouest, Sud-Ouest et peut-être le Sud-Est. Nous voulons vraiment agiter des idées. On porte un message fort qui est "L'Europe c'est vous". L'Europe peut et doit être proche des citoyens mais c'est à chacun de se prendre en mains pour faire l'Europe que l'on souhaite, une Europe qui protège les libertés. On porte un message fort et faire entre 3 et 5% est tout à fait possible.

On peut le lire sur votre site de campagne, vous appelez "les déçus du sarkozysme" à se rassembler. Pourquoi?
Je pense que Sarkozy a été élu sur un malentendu en 2007. Electoralement, c'est quelqu'un de très fort. Il a réussi dans son discours à utiliser quelques mots clefs qui ont su parler à l'oreille des libéraux. Et ceux qui ont voté pour lui en 2007 sont un peu les cocus de l'histoire. Nicolas Sarkozy n'est en rien un libéral. Il est plutôt issu de cette tradition de la droite bonapartiste qui cherche le salut par le chef. Etre libéral, c'est rendre le pouvoir aux citoyens et les laisser définir par eux-mêmes leur propre bonheur. Je n'ai jamais cru à la rupture de Sarkozy. 

Votre discours est assez offensif. Où vous situez vous dans l'opposition à Sarkozy aujourd'hui?
Aujourd'hui en France il y a deux oppositions. Il y a Besancenot et puis il y a nous. Techniquement, le PS est présent mais il est totalement aphone. De temps en temps Ségolène Royal s'exprime mais elle n'est pas dans le discours politique. Les seuls qu'on entende aujourd'hui sont l'extrême gauche et nous. Même si on nous entend moins, nous avons je crois l'un des discours les plus forts et les plus cohérents. 

"Besancenot légitime l'action de Sarkozy"

Vous donnez du crédit au discours d'Olivier Besancenot?
Dans le sens où il est extrêmement présent, oui. Mais pour nous il représente un vrai danger. Le discours extrême qui surfe sur la misère est condamnable. Lorsque François Chérèque le traite de "rapace", je pense qu'il n'a pas tort. Les gens qui prospèrent sur la misère sociale actuelle et qui légitiment la violence sont extrêmement dangereux. Le soutien actif aux séquestrations de patrons, le saccage de bâtiments publics participent de ce vrai danger que représente le NPA. On peut même se demander si Olivier Besancenot ne fait pas le jeu de Sarkozy. En passant son temps à demander plus d'intervention de l'Etat, plus d'embauches de fonctionnaires...il légitime l'action d'un Sarkozy qui gagne en pouvoir "grâce" à cette crise et se présente en capitaine d'industrie pour montrer que c'est lui le chef et que sans lui, aujourd'hui, la France ne pourrait pas s'en sortir.

Comment allez-vous gérer le déficit de couverture médiatique qui va être votre lot?
Evidemment, c'est difficile. Le système français est assez fermé en termes des financements Je pense que les partis en place ont très bien su manoeuvrer pour verrouiller le système, se financer et empêcher les autres d'émerger. On va essayer de faire du bruit. Aujourd'hui, tout passe par les médias et notamment internet. On essaie de faire du buzz. 

"Je ne suis pas là pour faire la plante verte"

Vous tenez meeting dimanche à Bobino...
C'est un grand moment de cette campagne. On attend 500 à 700 personnes. On ne voulait pas faire un congrès classique. Bobino c'est une salle de cabaret. On veut que les gens puissent circuler, que ça soit vivant. On veut délivrer un message politique fort mais le délivrer dans un contexte festif. On ne veut pas faire de la politique à la papa.

Vous avez été élue deuxième femme politique française la plus sexy derrière Ségolène Royal. C'est important pour vous dans un paysage politique qui se peopolise ou c'est plutôt embarrassant?
(Rires). Ça me fait rire plus qu'autre chose. En fait, c'était un sondage international sur les 50 femmes politiques les plus belles. Et il y a deux Françaises qui sont sorties de ce sondage, Ségolène Royal et moi. J'étais 42e. J'ai trouvé ça plutôt rigolo mais la seule chose qui m'a vraiment intéressée dans ce sondage c'est une reconnaissance à l'international en tant que femme politique. Je ne suis pas là pour faire la plante verte. C'est vrai qu'aujourd'hui être une femme en politique est plutôt un avantage. Mais je pense que si je n'avais pas eu un discours cohérent et complet j'aurais été oubliée. 
 
Propos recueillis par Jérôme GUILLAS