Notre constat
La culture dans un sale étatLa Culture est chose bien trop sérieuse pour la laisser aux mains d’un ministère et de directions culturelles ! Qu’elle procède d’une démarche individuelle ou plus collective, elle repose avant tout sur une implication personnelle, libre de toute tutelle.
Certes, la Culture couvre un espace de plus en plus vaste et varié. Avec l’avènement de la société de consommation et la baisse du temps de travail, toutes les populations ont vu se développer des « besoins culturels » : loisirs à occuper, temps libre à combler, distractions qui sont autant de détente après le travail. Les sports, la télévision ou le tourisme ont répondu à cette demande massive. Afin de canaliser cette explosion des attentes, et afin de la soustraire aux forces prétendument corruptrices du marché de la culture, le pouvoir a pratiqué une hypocrite « démocratisation » culturelle qui se traduit par un budget « création » supérieur à celui consacré au patrimoine. Pour préserver la Culture de la vulgarité médiatique « pour tous », le pouvoir a souhaité substituer au goût moyen et populaire un goût de « haut niveau » tel que défini dans les cafés intellectuels et les appartements branchés de la capitale. Ainsi fut imposée par décret, depuis Paris, une révolution des mœurs et des goûts, contre le gré et l’attente spontanée des citoyens. Au final, la culture d’Etat a fonctionnarisé et clientélisé les Arts et les Lettres avec un budget de plus de 3 milliards d’euros par an, sans compter les collectivités locales qui financent ce formidable outil de communication politique que constitue la Culture.
L’Etat prétend subventionner sans esprit de système les genres culturels plus difficiles afin de s’opposer à « l’impérialisme culturel américain » et à l’argent roi, et prévenir les tentations qui, immanquablement sans lui, précipiteraient le public français disponible dans ces bras corrupteurs. La société abîmée par l’argent, l’individualisme, les lettres et les arts égoïstes, doit céder la place à une société solidaire, festive et citoyenne selon les « commissaires du peuple » à la Culture. L’Etat culturel a donc organisé lui-même les loisirs et la religion de la culture « comme il faut », sans consulter les Français qui trouvent ainsi une offre disponible et sont bien obligés de s’en accommoder. Alors que le patrimoine souffre, tout est misé sur une création contemporaine triée sur le volet. Cette sélection d’Etat touche aussi la télévision, publique ou corsetée par l’autorité publique, dont l’alignement sur les goûts et les passions supposés du public le plus élémentaire sacrifie les publics intermédiaires, plus divers, plus dispersés, moins nombreux, que ce pilon démagogique et bureaucratique opprime sans remords. Elle rend impossible la diversité des programmes correspondant à l’extrême variété des publics. Les « missionnaires de l’Etat culturel » exigent des citoyens qu’ils veuillent bien échanger leur « culture » contre la leur, qu’ils estiment la seule propice à sauver les âmes.
Il n’est pas sûr pour autant que cette frilosité protectrice ait stimulé l’invention, ni nourri la vitalité et l’intelligence de ces arts. Il a encouragé et organisé la célébration éphémère d’expériences irresponsables, puisque protégées contre la sanction du public. Il a aussi fait croître un secteur économique au-delà de ses capacités naturelles, plongeant dans la précarité un grand nombre d’individus attirés par les opportunités proposées. Le statut de l’intermittence du spectacle, initialement conçu pour protéger les artistes et les techniciens du spectacle en les adossant généreusement sur le régime des salariés du secteur privé, y a largement contribué. Ces dernières années, les cotisations chômage des salariés du privé finance le régime des intermittents à hauteur de presque 1 milliard d’euros. Entre 1990 et 2004, le nombre d’intermittents du spectacle augmente de 40 %, leur revenu moyen chute de 37 % et la durée moyenne de travail de 40 % ! Dans le même registre, les quotas de création française ont nourri une production nationale de médiocre qualité financée par des taxes, des impôts et la redevance TV. Ces protections abusives ont favorisé la dépendance et l’appauvrissement créatif.
Au lieu de distinguer les ordres culturels, l’Etat fait de ce système un vaste échangeur qui permet aux loisirs de masse de refluer sur les œuvres de l’esprit, et inversement aux préférences de petites coteries au pouvoir d’envahir les loisirs de masse. De la culture élitiste, qui devrait relever de l’attachement des minorités qu’elle attire et de mécènes, à l’univers du divertissement, qui ne devrait vivre que d’une offre libérée de toute tutelle, l’Etat a forcé la fusion des genres culturels. L’« esprit de fête » s’est installé, brouillant les hiérarchies traditionnelles par la confusion nouvelle de la culture et des « industries culturelles » au sein d’un grand « tout culturel ». La politique de divertissement qui en résulte aboutit à une perte de sens de la culture.
L’Etat culturel ne sait avoir que des ministres, des événements, une comptabilité de créateurs et de consommateurs, une addition de pratiques et leurs animateurs. Il saupoudre son public d’informations, d’attractions, de variétés culturelles, il ne l’éduque pas (et d’ailleurs, au nom de quoi le ferait-il ? Seules les dictatures ont l’ambition d’« éduquer » le peuple), car l’animation qu’il pratique au même titre qu’un club de loisirs est trop éphémère et superficielle pour tenir lieu de cette œuvre de méthode et d’amour, longue et patiente, qu’est l’éducation véritable. Par exemple, l’intérêt officiel pour la lecture, en principe activité de loisir privé, méditatif et solitaire, propose une autre lecture, conviviale, festive et renouant avec l’oralité, moins exigeante. Nous sommes loin de la promotion des disciplines patientes et savantes, celles qui exigent effort et concentration, bref l’expression d’une volonté individuelle. La « volonté de culture », comme « l’égalité de culture », ne sont plus que des dinosaures empaillés qui encombrent et polluent le paysage français. La Culture française compte plus de bureaucrates culturels que d’artistes, les uns et les autres, bien protégés, ne se comparent plus qu’entre eux.
Plus inquiétant, sous couleur de démocratiser et de dynamiser la « création », les commanditaires politiques se révèlent plus anxieux de manipuler l’opinion que de lui obéir, à plus forte raison de le servir. Finalement, les grands hommes de ce mouvement culturel ne sont pas les artistes qui lui devraient leur éminence, mais avant tout des politiques qui s’en glorifient et en vivent. Un système de commissions soumet par exemple scenarii et projets au goût de coteries qui peuvent ainsi imposer leurs goûts à une création normalisée, soumise. Le cinéma, comme la littérature d’avant-garde, ont remplacé la dramaturgie classique et les mythes qui émeuvent tous les publics. Autre exemple, les nouveaux vigiles dictent depuis longtemps leur doctrine aux nouveaux théâtres multipliés par l’Etat, relayés par la dictature qu’exercèrent les metteurs en scène idéologisés sur les comédiens et sur leur formation. Ce paysage opprimé et oppressant a fait fuir les auteurs et disparaître le naturel du théâtre français. Une volonté de puissance machiavélienne a fait de notre capitale un foyer d’anesthésie et de servilité.
Notre vision
Une stricte séparation du politique et des choses de l’espritLoin de l’admiration ébahie que Jack Lang suscite, y compris chez ses adversaires politiques conservateurs, et du renchérissement maladroit sur ce modèle, nous dénonçons les fondements de l’Etat culturel dont nous avons dépeint les dérives. Notre doctrine consiste en une stricte séparation du politique et des choses de l’esprit. La culture, en faisant intervenir des notions subjectives comme le goût ou la sensibilité, doit s'exposer de façon permanente aux échanges et à la critique, s’ouvrir au monde et accepter la diversité des publics et de leurs goûts. Dans une nation libre, aucune institution ne peut sainement prétendre connaître les attentes des publics multiples et contrôler la production culturelle.
Les élites, ou plutôt les minorités qui la composent, ne sont plus définies comme autrefois par le rang social, la fortune, le privilège, mais, comme il est naturel dans les démocraties libérales, par la vocation attestée de leurs membres, par leur choix librement formulé et confirmé avec persévérance. La culture commence par l’étude et l’éducation, mais dépend avant tout d’un engagement personnel. C’est une activité qui trouve en elle-même son propre principe et sa propre récompense.
Dans un monde en rapide mutation, aux frontières bien plus ouvertes, nous constatons que la culture échappe au contrôle de toute autorité, fut-elle publique. Les rapports des jeunes à la culture sont beaucoup trop libres pour être balisés par une autorité supérieure unique. Avec Internet, la circulation des œuvres numérisables devient banale. La loi DADVSI ne pallie aucunement à cette évolution irréversible. Par ailleurs, une partie des activités culturelles initiées par l’État échappe de plus en plus au ministère de la Culture. Nous souhaitons accélérer son désengagement au profit de fondations et de mécènes libres. Il en va de l’indépendance et de la vitalité créatrice, mais aussi de l’entretien de notre patrimoine national qui souffre des priorités des pouvoirs publics.
La notion de prix de la culture, que l’Etat culturel a largement contribué à fausser, doit être restaurée. La culture n’est pas gratuite car derrière le plaisir personnel, il y a des artistes, des techniciens et de multiples frais naturels. Rétablir la valeur de la culture par un prix correspondant à son coût, c’est limiter la multiplication absurde de musées ou de théâtres chichement financés par des collectivités locales exsangues ou par notre Etat déjà surendetté, c’est revenir à de vrais salaires pour les artistes et les techniciens du spectacle dont le système de l’intermittence a causé la précarité.
Nous souhaitons également rompre le rapport malsain qui lie l’Etat aux médias. Les chaînes et radios publiques n’ont plus lieu d’être, la redevance non plus. Il n’est pas concevable, dans le monde libre, d’octroyer 275 millions d’euros annuellement à la presse, notamment l’une agence de l’information officielle, l’AFP, qui pèse 110 millions d’euros par an aux contribuables.
La vraie vie n’est pas dans la profusion ostentatoire de symboles ludiques et éphémères de cette culture « démocratique ». La vie est ailleurs. Comme le dit si bien Marc Fulmaroli : « Si c’est celle de l’esprit, elle demande un loisir studieux incompatible avec la culture administrée à jet continu. Si c’est celle du cœur, elle suppose un don de soi qui rend inutiles et superflues ces grandes machines à masser froidement les sens. Si c’est enfin celle de l’âme, elle se dessèche sur pied devant ces étalages d’objets sacralisés et en même temps stérilisés de toute leur semence spirituelle.
La vraie culture, c’est vous, c’est nous, c’est moi. Ce n’est pas l’Etat. Elle commence quand on a compris la vanité de sa rivale et le prix de la Liberté. »
Nos propositions
Intermittence du spectacle Nous demandons la suppression du régime actuel de l’intermittence, qui a largement contribué à précariser les artistes et techniciens du spectacle. La question concerne les 130.000 intermittents qui reçoivent, en moyenne, 7.500 euros issus des cotisations des salariés du privé (les fonctionnaires, eux, ne sont pas solidaires puisqu’ils ne cotisent pas à l’UNEDIC).
Il n’est pas tolérable que les employeurs sous rémunèrent artistes et techniciens en profitant de ce complément déguisé.
Nos propositions
Liberté des médias• Monopole de la CGT et du syndicat du livre
Nous proposons de supprimer définitivement les bureaux de placement tenus par le Syndicat du Livre – CGT en vertu d’un monopole historique, d’ailleurs illégal, et de mettre fin aumonopole de l’embauche détenu par la CGT.
• Monopole de distribution de la presse
Nous proposons la suppression du périmètre d’exploitation réservée aux kiosquiers afin de permettre la libre diffusion des journaux, par exemple dans les bars, les restaurants ou les boulangeries.
• Assouplissement du dispositif anticoncentration
• Retrait de l’Etat des médias et de l’AFP
• CSA, censure d'Etat
Nos propositions
Réforme du droit d’auteur• Droits patrimoniaux cessibles
• Elargissement du domaine d’exception pour copie privée : recherche, enseignement et échanges gracieux sur Internet
Le téléchargement, pratiqué à des fins non commerciales, n’a pas de raison d’être poursuivi. Ils’agit d’échanges libres qui ne privent personne d’un bien. Ceux-ci ne doivent pas être instrumentalisés par les maisons de production qui y voient l’explication de la chute de leurs ventes.
• Les droits d’auteur basculent dans le domaine public 30 ans après la création
Par ailleurs, nous demandons que les oeuvres créées ou commandées par les employés de la fonction d'État ou de la fonction territoriale dans l'exercice de leur fonction soient automatiquement placées dans le domaine public.
• Monopole de la SACEM pour collecter et distribuer les droits
d’auteur
• Abrogation du droit au panorama
• Suppression de la redevance sur les supports vierges


