Sabine Herold, « mademoiselle Thatcher »


Le Journal du Dimanche, 18 juin 2006

La porte-parole du jeune parti Alternative libérale se présente aux législatives dans la 16e circonscription face à Françoise de Panafieu.

A l'aise face à l'objectif, la jeune femme, ambitieuse, a l'assurance des politiques avertis. Appréciée des médias, Sabine Hérold, 25 ans, a déjà débattu, sur des plateaux télé, avec Olivier Besancenot ou Arlette Laguiller, ses contraires. Thierry Ardisson l'a reçue dans son émission. Alain Madelin l'a surnommée la « José Bové des libéraux ». Et il y a trois ans, le quotidien britannique conservateur The Daily Telegraph lui a organisé une rencontre avec son idole, Margaret Thatcher...

Aujourd'hui, elle a décidé de franchir le pas. Elle sera candidate aux législatives l'an prochain à Paris. Et pas dans n'importe quelle circonscription: dans la 16e, face à Françoise de Panafieu*. « Il va y avoir du sport ! », plastronne t-elle. Vice-présidente et porte-parole du jeune parti Alternative libérale (créé en mars), la jeune femme habite dans le 15e. Mais elle entend profiter des retombées médiatiques de la campagne de la députée-maire UMP du 17e. « Quitte à aller au front, autant ne pas choisir la facilité. » Les jeunes libéraux prévoient de présenter 150 candidats en France (le président du parti, Edouard Fillias, briguera le 15e nord, fief d'Edouard Balladur). Et en septembre prochain, ils désigneront leur candidat à la présidentielle. Sabine Hérold pourrait-elle concourir? « Je n'exclus rien... »

Sabine a grandi à Taissy, une bourgade de 2.000 habitants dans la Marne, auprès d'un papa prof d'informatique en IUT et d'une maman prof de français-latin. « Mes parents ne s'intéressent pas à la politique. » Après le bac, elle débarque à Paris pour intégrer Sciences-po. « Je n'était pas du tout politisée. J'ai beaucoup lu : Jean-François Revel, Raymond Aron, Tocqueville... Et j'ai compris que, comme beaucoup, j'étais une libérale qui s'ignore. » Après Sciences-Po Paris, elle est entrée à HEC. Elle a reçu son diplôme cette semaine. Et elle démarre son premier emploi, un CDI dans la finance. Elle s'est fait connaître, en juin 2003, en organisant une manifestation antigrève, pour la loi Fillon sur les retraites, contre la « dictature syndicale ». A la surprise générale, cette manif réunit plusieurs dizaines de milliers de personnes place de la Concorde, scandant « On veut bosser! »

« Etre libéral, explique-t-elle, c'est défendre le libre choix de l'individu dans tous les domaines. Il faut arrêter de materner les Français. Nous sommes une alternative aux socialistes et aux conservateurs de l'UMP. Nous rassemblons des madelinistes comme des libéraux de gauche, proches de Kouchner, Bockel ou Cohn-Bendit. »

Ainsi prône-t-elle l'ultralibéralisme économique, mais aussi sociétal : mariage homosexuel, dépénalisation du cannabis, prostitution, euthanasie, port du voile... Elle propose aussi de libéraliser l'école (suppression de la carte scolaire), de faire le grand ménage parmi les « bénéficiaires à vie » de logements sociaux, de créer un « impôt proportionnel dès le premier euro » ou encore une « allocation unique de 500 € par mois pour chaque Français quels que soient ses revenus »...

Les militants de gauche et les altermondialistes ne la supportent pas. L'UMP a tenté - en vain - de la récupérer sur ses listes, en Champagne-Ardenne, lors des régionales de 2004. Mais Françoise de Panafieu ne la prend guère au sérieux. Sabine Hérold, elle, se plaît à mettre tout le monde dos à dos.

Bertrand Gréco

* Dans la 16ème circonscription, la candidate PS aux législatives de 2007 aurait dû être élue cette semaine par les militants. Or, fait rare, les deux prétendantes, Flora Saladin et Isabelle Gachet, ont obtenu le même nombre de voix. La fédération PS de Paris devrait trancher dans les jours qui viennent.

* Clémentine Autain (apparentée PCF) pourrait être candidate dans la 17e circonscription, face à Annick Lepetit (PS), et non dans la 16ème, face à Françoise de Panafieu.
 

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